{"id":460,"date":"2013-01-01T00:00:31","date_gmt":"2013-01-01T00:00:31","guid":{"rendered":"https:\/\/www.asca-net.com\/preprod\/wp-asca\/?p=460"},"modified":"2019-01-31T09:08:08","modified_gmt":"2019-01-31T09:08:08","slug":"une-agriculture-pour-et-par-les-paysages","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.asca-net.com\/preprod\/une-agriculture-pour-et-par-les-paysages\/","title":{"rendered":"Une agriculture pour et par les paysages ?"},"content":{"rendered":"<p>Une des cons\u00e9quences de la r\u00e9volution agricole de la seconde moiti\u00e9 du XX\u00e8me si\u00e8cle fut de soumettre de mani\u00e8re univoque les paysages agraires au mod\u00e8le technique qui s\u2019est mis en place \u00e0 cette \u00e9poque. <!--more-->Jusqu\u2019\u00e0 l\u2019apr\u00e8s-guerre, pour simplifier, les agriculteurs devaient composer avec les formes paysag\u00e8res de leurs territoires pour reproduire leur syst\u00e8me technique. Faire dispara\u00eetre des haies, des parcours ou des prairies c\u2019\u00e9tait risquer de d\u00e9s\u00e9quilibrer le syst\u00e8me agraire. Avec l\u2019essor du machinisme, de l\u2019usage des engrais et des produits phytosanitaires, l\u2019agriculteur a pu s\u2019affranchir de contraintes dont l\u2019expression paysag\u00e8re \u00e9tait tangible. Les prairies, les animaux et les haies ont ainsi pu dispara\u00eetre dans les paysages agraires de grandes cultures alors qu\u2019\u00e0 l\u2019inverse la sp\u00e9cialisation en \u00e9levage devenait possible gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019importation d\u2019aliments du b\u00e9tail de r\u00e9gions plus ou moins lointaines.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9vidence et la force du mod\u00e8le technique industriel fut telle que la m\u00e9diocrit\u00e9 de nombreux paysages agricoles s\u2019impose finalement comme un fait qu\u2019il ne nous vient m\u00eame plus \u00e0 l\u2019id\u00e9e de questionner, pas davantage que les for\u00eats de panneaux publicitaires qui les jouxtent.<\/p>\n<p>Les d\u00e9bats actuels sur l\u2019environnement, la crise \u00e9conomique de l\u2019agriculture et les enjeux alimentaires invitent pourtant \u00e0 revisiter cette \u00e9vidence. Tout d\u2019abord, la soumission des paysages agraires aux r\u00e9volutions agricoles se paye de d\u00e9r\u00e8glements fonctionnels qui affectent le cycle de l\u2019eau et des sols et la biodiversit\u00e9. L\u2019agronomie industrielle se trouve questionn\u00e9e quand les rendements plafonnent en France et dans la plupart des pays d\u00e9velopp\u00e9s depuis plus d\u2019une dizaine d\u2019ann\u00e9es\u00a0: et si ces paysages simplifi\u00e9s, sp\u00e9cialis\u00e9s, ne permettaient plus le fonctionnement des cycles biog\u00e9ochimiques n\u00e9cessaires \u00e0 une activit\u00e9 agricole durable\u00a0? La r\u00e9ponse \u00e0 cette question est assur\u00e9ment complexe, mais on ne peut plus la balayer d\u2019un revers de main. Sur le plan socio-\u00e9conomique, l\u2019agriculture industrielle ne s\u2019impose plus non plus comme \u00e9tant le mod\u00e8le unique pour nourrir le monde. Exporter nos c\u00e9r\u00e9ales ou nos poulets vers les pays en d\u00e9veloppement concurrence une paysannerie peut \u00eatre la plus \u00e0 m\u00eame de se nourrir elle m\u00eame et nourrir ses concitoyens, les performances agronomiques et \u00e9conomiques de cette option ne sont pas \u00e9videntes sur le plan global.<\/p>\n<p>Ainsi, si l\u2019on comprend que d\u00e9truire une haie, retourner une prairie ou constituer une parcelle de 50 ha permet \u00e0 un agriculteur de produire davantage \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de son exploitation, l\u2019int\u00e9r\u00eat socio-\u00e9conomique d\u2019accro\u00eetre cette production, lui, ne se saisit plus d\u2019embl\u00e9e, qui plus est au prix d\u2019une simplification paysag\u00e8re et d\u2019une d\u00e9gradation de l\u2019environnement. Le \u00ab\u00a0produire plus\u00a0\u00bb qui \u00e9tait le mot d\u2019ordre des ann\u00e9es 1960 n\u2019est plus une justification suffisante \u00e0 elle seule.<\/p>\n<p>On peut alors proposer un renversement de perspective, consistant \u00e0 penser ensemble, sur le m\u00eame plan, les enjeux de production, de paysages et d\u2019environnement. Dans cette vision, le paysage deviendrait tout \u00e0 la fois indicateur et crit\u00e8re d\u2019un d\u00e9veloppement agricole plus \u00e9quilibr\u00e9 et souhaitable. Indicateur dans la mesure o\u00f9 il r\u00e9v\u00e9lerait des processus de production respectueux de l\u2019environnement, des formes d\u2019agriculture moins d\u00e9pendantes d\u2019intrants de synth\u00e8se et associ\u00e9es \u00e0 une plus forte pr\u00e9sence humaine. Crit\u00e8re dans la mesure o\u00f9 la valeur des paysages serait aussi reconnue en tant que telle.<\/p>\n<p>\u00c0 grands traits, quels seraient les contours d\u2019une telle agriculture <em>pour<\/em> et <em>par<\/em> les paysages\u00a0?<\/p>\n<p>La diversit\u00e9 semble \u00eatre le premier crit\u00e8re qui s\u2019impose. L\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des conditions de production dans l\u2019espace g\u00e9ographique fran\u00e7ais et <em>a fortiori <\/em>europ\u00e9en implique de diversifier les syst\u00e8mes de culture et d\u2019\u00e9levage, en jouant de la variabilit\u00e9 des esp\u00e8ces et vari\u00e9t\u00e9s domestiques et auxiliaires. \u00c0 cette diversit\u00e9 r\u00e9gionale se combinerait une diversit\u00e9 paysag\u00e8re plus fine, se traduisant par la pr\u00e9sence d\u2019\u00e9l\u00e9ments paysagers susceptibles d\u2019assurer des fonctions de lutte biologique, de r\u00e9gulation des flux hydriques, de protection des sols. <em>A minima<\/em>, le maintien de formes d\u2019\u00e9levage extensif fait partie de ce projet paysager\u00a0; mais il peut aller jusqu\u2019\u00e0 r\u00e9introduire cet \u00e9levage dans des zones o\u00f9 il a disparu, ce qui signifie probablement recr\u00e9er des emplois en \u00e9largissant le p\u00e9rim\u00e8tre des actifs entrants en agriculture, au del\u00e0 du seul cadre familial pour reprendre l\u2019expression consacr\u00e9e.<\/p>\n<p>Le deuxi\u00e8me crit\u00e8re, sans doute moins imm\u00e9diat, est le fa\u00e7onnage des \u00e9quilibres paysagers agricoles au regard de consid\u00e9rants macro-\u00e9conomiques. Beaucoup d\u2019analyses pointent les impacts de l\u2019\u00e9levage sur les march\u00e9s mondiaux via la concurrence avec l\u2019alimentation humaine\u00a0 \u2014 sur les terres arables \u2014 et sur le changement climatique. Pour traiter ces questions globales, il est imp\u00e9ratif de distinguer les impacts des types d\u2019\u00e9levage dans ce d\u00e9bat\u00a0: les \u00e9levages industriels sont les plus probl\u00e9matiques au regard de ces enjeux, alors que les \u00e9levages extensifs herbagers ne concurrencent pas les terres arables et affichent un bilan net favorable du point de vue des gaz \u00e0 effet de serre. On con\u00e7oit ici que l\u2019\u00e9quilibre r\u00e9gional des productions et leur intensit\u00e9, et par l\u00e0 m\u00eame celui des syst\u00e8mes agraires et des types de paysages, se trouve questionn\u00e9 par cette probl\u00e9matique. On pourra aborder cette question en partant de la production permise par une forte emprise spatiale de paysages agricoles associ\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9levage extensif, et en d\u00e9duisant le niveau de consommation de viande possible et souhaitable dans cette perspective.<\/p>\n<p>Le troisi\u00e8me et dernier crit\u00e8re pose la question de l\u2019\u00e9quilibre d\u2019ensemble des paysages ruraux, entre les espaces agricoles, forestiers, naturels et artificiels. Penser les paysages dans un projet agricole global ne signifie pas que l\u2019ensemble des paysages ruraux puissent se r\u00e9duire \u00e0 cette seule composante, aussi fondamentale soit-elle. Il faut aussi penser la contribution paysag\u00e8re de l\u2019agriculture en m\u00e9nageant la place pour d\u2019autres espaces et d\u2019autres usages, y compris ceux qui supposent une absence d\u2019exploitation du milieu qu\u2019une certaine tradition agronomique aura tendance \u00e0 consid\u00e9rer comme inutiles s\u2019ils ne produisent pas ou trop peu.<\/p>\n<p>On verra dans ce projet d\u2019ensemble une volont\u00e9 de ne pas cantonner la prise en compte des paysages agricoles \u00e0 une seule vision de \u00ab\u00a0jardinier de la nature\u00a0\u00bb, une fois qu\u2019on aurait souscrit aux autres objectifs de l\u2019agriculture. Les r\u00e9flexions sur l\u2019avenir de l\u2019agriculture et, plus globalement du d\u00e9veloppement socio-\u00e9conomique, invitent \u00e0 consid\u00e9rer des th\u00e8mes comme la localisation des actifs \u00e9conomiques \u2014 ou a contrario leur d\u00e9localisation \u2014 la durabilit\u00e9 environnementale des processus de production et le rapport de l\u2019homme \u00e0 la nature comme facteur de bien \u00eatre. Dans cette perspective, penser les paysages agricoles devient un moyen pour mieux penser l\u2019avenir et rouvrir un champ des possibles pour une agriculture multifonctionnelle.<\/p>\n<p><em>Xavier POUX, AScA et <a href=\"http:\/\/www.efncp.org\/projects\/hnv-farming-france\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">European Forum on Nature Conservation and Pastoralism<\/a><\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une des cons\u00e9quences de la r\u00e9volution agricole de la seconde  [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":1480,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-460","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-focus"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.asca-net.com\/preprod\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/460","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.asca-net.com\/preprod\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.asca-net.com\/preprod\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asca-net.com\/preprod\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asca-net.com\/preprod\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=460"}],"version-history":[{"count":8,"href":"https:\/\/www.asca-net.com\/preprod\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/460\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2003,"href":"https:\/\/www.asca-net.com\/preprod\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/460\/revisions\/2003"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asca-net.com\/preprod\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1480"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.asca-net.com\/preprod\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=460"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asca-net.com\/preprod\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=460"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asca-net.com\/preprod\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=460"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}