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L’évaluation économique de la biodiversité

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Ces derniers temps, nous assistons à un fort développement de diverses manifestations pour promouvoir l’évaluation économique de la biodiversité. Quelques repères à ce sujet :

Le Conseil d’Analyse Stratégique a ainsi édité un rapport en avril 2009 : « Approche économique de la biodiversité et des services liés aux écosystèmes – Contribution à la décision publique » travail dirigé par Bernard Chevassus-au-Louis, Jean-Michel Salles et Jean-Luc Pujol. Cet ouvrage constitue en France la référence en matière d’évaluation de la biodiversité « ordinaire », les auteurs reconnaissant à la biodiversité remarquable des valeurs intrinsèques non monétarisables.

Les deux objectifs de ce rapport du Centre d’analyse stratégique sont de : réaliser une présentation et une analyse critique des méthodes utilisables pour estimer des valeurs économiques de la biodiversité et des services écosystémiques ; appliquer ces méthodes aux écosystèmes présents sur le territoire national, afin de fournir des « valeurs de référence » pouvant être utilisées en particulier dans l’évaluation socioéconomique des investissements d’infrastructures publiques.

En France toujours, « l’évaluation économique des services rendus par les zones humides » parue le 10 juin 2010 rappelle la décision du Grenelle de l’environnement d’acheter, d’ici 2015, 20 000 ha de zones humides dont les services rendus sont estimés entre 1 000 et 3 000 € l’hectare par an, pour un coût d’achat et d’entretien annuel représentant pas plus de 300 € par an par hectare — cf. accord Conservatoire, Rivages de France et Véolia.

D’autres thématiques font également l’objet de travaux d’évaluation, on citera les récifs coraliens, les mangroves ou encore les forêts « Évaluation économique de la biodiversité : Méthodes et exemples pour les forêts tempérées » de Élodie Brahic et Jean-Philippe Terreaux aux éditions Quae – novembre 2009.

Les séminaires et colloques ne sont pas en reste et ces questions d’évaluation économique sont très présentes. Dans la lignée de l’atelier « Les services écologiques : Quels atouts pour un diagnostic des interactions société-nature ? » qui s’est tenu en mars 2010 à Brest dans le cadre du GIS EUROPOLE MER, on notera le tout récent séminaire sur « l’évaluation économique des services rendus par les écosystèmes côtiers » organisé à la DATAR à Paris dans le cadre du programme de recherche Liteau.

Enfin, à l’échelle internationale, l’étude du Programme des Nations Unies sur l’Environnement (PNUE) sur l’économie des écosystèmes et de la biodiversité, affirme que l’humanité est entrée dans un processus de perte de capital environnemental qu’elle n’a jamais connu. Ce travail, dirigé par Pavan Sukhdev, a été présenté à la conférence de Nagoya en octobre dernier et propose dix recommandations pour préserver la biodiversité — peut-être dans ce sens, voir aussi le récent rapport de l’AEE sur l’état de l’environnement.

Comment interpréter cette prolifération événementielle qui touche autant le monde de la recherche que celui de la politique ? On pressent à la fois une volonté de bien faire, d’alerter la planète sur les déviances de nos modes de développement en pointant les responsabilités d’une dégradation de notre environnement naturel, mais également le souhait d’intégrer dans le modèles de décision économique les valeurs environnementales et écologiques par la monétarisation. S’agit il alors de sacrifier à une rationalité économique qui serait toute puissante et le passage obligé pour qu’une décision politique prenne réellement en considération la protection de la biodiversité ? Ou conviendrait-il plutôt de considérer ces efforts comme susceptibles de fournir des argumentations complémentaires à celles que manient déjà depuis longtemps les défenseurs de la biodiversité ? Quoiqu’il en soit une question semble aujourd’hui peu abordée : si l’évaluation économique de la biodiversité conduit à reconnaître de « nouvelles » valeurs, qui en serait alors le détenteur ? Peut-on imaginer une spéculation sur ces valeurs ? Peut-on imaginer une appropriation de ces valeurs écologiques comme certains ont pu le faire pour les gènes ?

Christophe Bouni, AScA

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